Il se contenta de prévenir le général commandant la division militaire et le préfet du département du Nord. Puis il leur conseilla d'attendre que l'émeute éclatât pour la réprimer sévèrement, au lieu de chercher à arrêter la levée en armes des émeutiers.

Il se contenta de faire noter les plus ardents parmi les ouvriers, afin de les retrouver en temps et lieu.

Parmi ceux-là, on lui signala un certain ouvrier drapier du nom de
Maurice Morel.

Maurice Morel avait cinquante ans.

Son âge, la grande honnêteté de sa vie, et une belle instruction lui avaient donné une très-réelle influence parmi ses compagnons et ses amis de l'atelier.

Il était l'un des chefs importants, sinon le plus important, du mouvement qui se préparait.

Il était marié depuis douze ou treize ans avec une jeune fille de Roubaix, admirablement belle, laissée orpheline à quinze ans. Un sentiment de pitié avait ému le cœur de l'ouvrier quand il avait vu cette enfant seule au monde.

La pensée lui vint qu'elle pourrait céder au vice,—la beauté, quand elle est pauvre, est toujours mal conseillée!—Bien qu'il eût pu être le père de Jacqueline, il l'épousa.

Ce mariage disproportionné fut heureux.

Jacqueline avait pour son mari, sinon de l'amour, du moins un respect et une affection que rien ne put effleurer.