Il revint chez lui vers neuf heures du soir; celui qui lui aurait demandé s'il avait dîné l'aurait fort étonné.
Jean ne comprenait pas, dans cette exaltation première, qu'il pût exister au monde d'autres préoccupations que son amour.
Son valet de chambre lui remit plusieurs lettres. Il les ouvrit et les lut, sans même déchiffrer les lignes.
Pourtant, un peu de raison lui vint.
Il se dit qu'avant de songer à cet amour qui était toute sa vie, il ne devait pas oublier son devoir.
Il avait une correspondance importante à mettre en ordre. Il voulut s'astreindre au travail; mais ses idées n'étaient pas assez nettes pour que ce travail pût aboutir. Il rejeta ses papiers, et ouvrit une valise de voyage, dans laquelle était enfermé ce qu'il avait de précieux.
Jean se sentait trop absorbé; il lui fallait quelques heures de sommeil pour que son cerveau fût libre de concevoir autre chose que Fernande.
Or, il gardait, comme un livre aimé, qu'on aime à consulter souvent, le testament où son père avait tracé pour lui ses dernières volontés.
Quand il sentait fléchir sa force, quand le doute attaquait son âme, il lisait ce testament, dans lequel le vieux gentilhomme avait laissé l'empreinte puissante de sa foi rigide et de sa croyance forte.
Ce soir-là, Jean était mécontent de lui.