Et il sortit.

Fernande s'agenouilla sur ce prie-Dieu que Jean de Kardigân avait remarqué lorsqu'elle l'avait enfermé dans sa chambre, pour l'arracher à la fureur des révolutionnaires, et elle éleva sa douleur vers Dieu, puis elle se coucha.

Mais le sommeil ne venait pas.

Elle avait devant les yeux l'image de son père courroucé; des frissons inconscients s'emparaient d'elle, la secouant de la tête aux pieds. Elle eut cette espèce de délire qu'on ressent pendant la crise, alors que les idées ne sont pas effacées complètement par le sommeil et gardent, au contraire, ce vague des choses indéfinies.

C'était l'heure où Jean se trouvait en face de son terrible sacrifice; l'heure où celui qu'elle aimait luttait avec la douleur, comme Jacob avec l'ange, cette image éternelle de l'homme terrassant ses passions.

Ah! si elle avait pu savoir qu'au moment où elle se débattait contre l'insomnie, où elle cherchait en vain à trouver un sommeil qui la fuyait, sa vie, sa destinée se jouaient dans le cœur de l'homme qu'elle avait choisi!

Aux premières lueurs du soleil, vers huit heures du matin, elle put prendre un peu de repos. A dix heures, elle s'éveilla.

Elle se hâta de se lever et de s'habiller, brisée par cette nuit d'insomnie.

Son habitude, chaque jour, était de se lever à la première heure. Elle employait sa matinée à entendre la messe d'abord et ensuite à visiter les pauvres.

Voyant l'heure avancée, elle craignit d'arriver trop tard; mais, néanmoins, elle voulut accomplir ses devoirs quotidiens.