Mais Robert Français avait deviné la révolte intérieure de la jeune fille. Il reprit avec une dignité suprême:
—Ne craignez rien! Il ne sortira pas un mot de mes lèvres que vous ne puissiez entendre. Je n'ai jamais compris l'amour sans le respect. Comment pourrais-je donc en manquer envers vous? Je vous aime depuis le premier jour où je vous ai vue. Vous ne savez pas cela, vous ne pouvez pas le savoir; votre père l'ignore, car ces mystères du cœur doivent rester cachés à tous.
Je vous ai vue chez des amis communs, croyez-vous? Détrompez-vous!
La nuit de ce bal où M. Ducraissy m'a présenté, je vous connaissais depuis longtemps,—depuis longtemps, six mois, une éternité, quand on aime! Comment pouviez-vous le savoir? je ne m'étais jamais montré à vous!
Vous alliez souvent porter des secours à une pauvre vieille femme, que son fils, tué sur une barricade en 1830, avait laissée sans pain.
Je vous ai rencontrée pendant que vous accomplissiez votre œuvre d'angélique bonté. J'ai lu sur votre visage tous les dévouements, tous les sacrifices.
Puis, peut-être, j'ai appris à vous aimer… Ceux à qui je parlais de vous me racontaient tous une noble action accomplie.
Le soir où j'ai désiré vous être présenté, vous n'étiez plus une étrangère pour moi, si moi j'étais toujours un étranger à vos yeux.
Je savais que votre vie se passait entre la charité et la prière… Je vous aimais déjà ardemment, quand mon nom a pour la première fois frappé votre oreille, et nous avions des pensées communes que vous ignorez encore…
Voilà l'aveu que je voulais vous faire, mademoiselle, afin de vous montrer que mon amour ne date pas d'hier, et que depuis longtemps mon cœur était entièrement À vous!