—Vous m'aimez, monsieur, je vous crois. Vos paroles m'ont émue, et des paroles menteuses ne vont pas droit au cœur comme les vôtres ont été au mien! Vous avez souffert… Donc vous savez ce que c'est que la souffrance! Ayez pitié de la mienne!… Vous voyez, toute ma fierté tombe… Je deviens humble… Un mot de vous à mon père, et je suis sauvée!
Robert Français détournait les yeux pour ne pas voir cette belle jeune fille qui l'implorait.
Il sentait qu'une pareille supplication arriverait peut-être à le toucher, et il ne voulait pas être touché.
Voyant que le jeune homme conservait son impassibilité, Fernande sentit sa fierté revenir. Elle eut honte d'être descendue jusqu'à la prière.
—Eh bien, non, dit-elle, je ne vous demande rien! Il y a des âmes que la souffrance élève et purifie, la vôtre est de celles qui s'irritent et s'aigrissent. Soit! je serai victime, mais je ne serai plus humiliée.
Vous m'avez vue venir à vous, suppliante, vous m'avez repoussée! Je ne descendrai pas plus loin. Mon père vous a accordé ma main; mais moi, monsieur, je vous la refuse!
Fernande était redevenue la fière et courageuse jeune fille qui avait sauvé le marquis de Kardigân.
Un sang généreux colorait son visage; son regard brillait, et sa lèvre tremblante indiquait qu'elle subirait tout plutôt qu'une volonté despotique et cruelle.
Robert Français l'admirait.
Mais l'impétueux jeune homme, au lieu d'ouvrir son cœur à la pitié, regrettait encore plus le sacrifice que le refus de Fernande lui imposait malgré lui.