—C'est vers elle que je vous envoie.

Fernande avait baissé les yeux instinctivement, et légèrement rougi en prononçant cette phrase. Il répugnait à cette exquise créature de livrer ainsi les secrets de son cœur à un étranger. Mais Jérôme Hébrard était un de ces enfants du peuple en qui la loyauté est à la hauteur du courage.

Son visage ne trahit en rien le plaisir ou l'étonnement que Fernande venait d'éveiller en lui. Il se contenta de répondre:

—Je le répète, mademoiselle, je suis à vos ordres.

—Merci! dit-elle une seconde fois.

Voici ce que j'attends de vous, reprit Fernande, M. le marquis de Kardigân demeure à l'hôtel de France, sur le boulevard de Gand. Je vous prie d'y aller et de lui dire…

Elle hésita encore.

La pudeur de la jeune fille souffrait de cette confidence. Pour lui faire achever ce qu'elle avait commencé, il fallait que la pensée du péril vînt lui rendre la volonté d'aller jusqu'au bout:

—M. de Kardigân est mon fiancé, dit-elle à voix haute. Or, on veut m'enlever à lui. Racontez-lui tout.

Alors, d'un ton ferme, elle raconta à Jérôme Hébrard une partie de ce que nous savons, mais en glissant rapidement sur ce qui avait pu se passer entre elle et son père.