Les paroles hideuses du régicide étaient prononcées par une voix froide comme le cœur même de cet homme.

Fernande restait calme en apparence, mais torturée au fond du cœur devant cet horrible égoïsme de l'orgueil.

—Je vais vous conduire en un lieu où les caractères comme le vôtre s'assouplissent rapidement; nous partons dans quelques minutes.

—Vous êtes le maître, monsieur, répliqua la jeune fille. Je n'obéis pas: je subis.

—Je suis votre père!

—Non, vous n'êtes pas mon père! Mon père ne me torturerait pas! mon
père ne prendrait pas plaisir à me désespérer, à me tuer, à m'anéantir!
Non, vous n'êtes pas mon père! Je courbe le front, mais je ne cède pas.
Vous pouvez m'écraser: vous ne me ferez pas plier.

—Malheureuse!

—Oh! monsieur, moi aussi j'ai de la volonté! Je suis votre fille, après tout, et le sang qui coule dans mes veines est celui qui coule dans les vôtres! Je vous le jure, j'avais pour vous tendresse et respect. En quelques jours vous avez tué la tendresse; le respect seul est resté. J'ai toujours été une fille selon Dieu…

—Selon Dieu! interrompit M. Grégoire. Vous m'êtes témoin que je ne vous ai jamais gênée dans l'accomplissement ridicule de vos momeries. Il faut une religion aux femmes; mais, dites-moi, est-ce votre Dieu qui enseigne aux filles à mépriser les ordres de leur père?

—Mon Dieu, monsieur, reprit la jeune fille, qui retrouvait tout son calme à mesure que son père perdait le sien,—mon Dieu est celui que ma mère m'a enseigné à prier et à adorer. Il m'ordonne l'obéissance à votre volonté, mais il me défend le parjure.