La Pâlotte portait le costume des paysannes riches, ce costume charmant et poétique que nos peintres ont popularisé et qu'on ne retrouve plus guère aujourd'hui qu'au bourg de Batz, depuis que le Croisic et Pornic sont devenus des plages parisiennes.

Elle était arrivée au château avec le marquis de Kardigân, cinq mois auparavant.

Elle remplissait les fonctions de gouvernante. Seulement, elle et l'intendant Aubin Ploguen mangeaient à la table du maître, et étaient des amis plutôt que des serviteurs.

En la voyant si belle et dans une position un peu fausse, les mauvaises langues avaient voulu gloser.

Or, ces mauvaises langues se réduisaient à deux: M. Lourson, le maire, et Sertaboire, l'aubergiste. En effet, Lourson et Sertaboire étaient des «libéraux». Naturellement, ils surveillaient les menées, disaient-ils, de môssieu le marquis.

Heureusement que ledit maire et ledit aubergiste étaient aussi prudents que libéraux et avaient reçu d'Aubin Ploguen un avis tellement énergique de se taire… qu'ils s'étaient tus.

Donc, ce jour-là, ou plutôt cette soirée-là, la Pâlotte descendit du château et vint demander à l'auberge le fameux médecin.

—Est-ce que quelqu'un est affligé à la maison? lui demanda un paysan.

—Oui, mon gars, M. le marquis a fait une chute de cheval et s'est cassé la jambe.

On se hâta de prévenir M. Lambquin.