Le trois-mâts s'était sensiblement rapproché. On distinguait nettement à travers la nuit sa masse brune qui sautait au milieu des vagues.

Vingt minutes s'écoulèrent encore, pendant lesquelles Aubin poussa devant lui Jacquelin, qui faisait la planche. L'enfant n'avait pas senti le froid, tant qu'il nageait; les mouvements le réchauffaient. Mais la circulation du sang était interrompue par la sorte d'inaction éprouvée.

—J'ai froid, dit-il.

—Alors, nage, petit! Seulement appuie une de tes mains sur mon dos.

—Non… j'aurais trop… froid…

—Soit!

Aubin Ploguen dut ralentir la rapidité de la nage pour ne pas laisser derrière lui Jacquelin, très-pâle, et dont la respiration sifflante annonçait l'énorme lassitude.

Ils continuèrent ainsi pendant une autre demi-heure. Il y avait deux heures qu'ils étaient partis.

Mais aussi le trois-mâts n'était plus qu'à une quarantaine d'encablures.

Pour la première fois, Aubin Ploguen eut peur que Jacquelin ne pût aller jusqu'au bout. L'enfant donnait des signes évidents d'une lassitude extrême.