—Je devine tout, cher ami, dit-il. Madame a écrit à l'encre sympathique la première lettre, celle que nous venons de lire. Si ce papier avait été surpris par la police, sois bien sûr que la police aurait eu la même idée que nous, et l'aurait soumise à l'opération d'un acide. Seulement, fais attention à ceci; tous les acides peuvent arriver au même résultat. Celui qui est contenu dans ce flacon a été composé avec soin, et il nous a été ordonné à tous de n'user que de celui-là pour déchiffrer les caractères: pour moi, c'est qu'il devait avoir évidemment une double action: l'une sur la lettre fausse, l'autre sur la lettre réelle. Sans quoi quelques gouttes d'un acide commun, du vinaigre ou de l'acide sulfurique par exemple, auraient suffi. Donc, il y a encore sur cette feuille de papier quelque chose à déchiffrer.
—C'est clair.
—Madame a écrit la première missive avec une encre soumise à l'action immédiate de notre acide; la seconde, avec une encre soumise seulement à l'action de ce même acide après une contre-épreuve.
—Laquelle?
—Je crois la deviner. Son Altesse a compté sur notre intelligence.
—Grand merci!
—Fais bien attention à cette phrase.
Jean reprit le papier et lut:
«J'ai appris avec plaisir que les eaux passaient bien…»
—Je comprends!