Ce fut au tour d'Aubin Ploguen d'être embarrassé.

—C'est le petit qui t'étonne, pas vrai?

—Oui.

—Je vais t'expliquer la chose. Tu connais le vieux Gouësnon, bien sûr, et tu le respectes comme tous ceux de ces côtés-ci. Eh bien, le vieux Gouësnon a douze enfants forts comme des taureaux. Celui-là, qui est le treizième, a été élevé à Guérande, à la pension… Une folie de sa mère, quoi! qui voulait en faire un savant, un curé. Il n'était déjà pas bien fort; ça l'a séché encore plus. Alors le vieux Gouësnon a voulu qu'il fût du mouvement.—Puisqu'on se bat, a-t-il dit, le petit se battra. Seulement, je vais l'envoyer au seigneur, en le priant de le prendre auprès de lui, où le service sera moins dur qu'avec nous autres. Voilà sa lettre, tiens.

—Pardonne-moi, mon bon Leneguy, mais j'en ai tant vu, tant vu à Paris, que je me méfiais du petit…

—Il n'a donc pas l'air franc?

—Oh! si.

—Eh bien, moi, Leneguy, qui en ai tué deux cent sept, de ces bleus, et de ma main, je garantis que mon Pinson est aussi brave qu'il est franc et doux.

Une voix chanta dans la chambre voisine:

Mais je lui dis: «Celui que j'aime…
Beau gars, ce n'est pas toi!
Hélas! il est bien loin de moi,
Celui que j'aime!»