M. Jumelle n'a pas changé pendant les quelques mois où nous l'avons perdu de vue.
Il a toujours cette finesse de jugement, ce flair de chien courant qui ne l'a trompé qu'une fois: dans l'affaire de la rue du Petit-Pas.
Tel qu'un bon bourgeois qui se promène après un plantureux souper, l'honnête M. Jumelle, enveloppé d'une douillette de soie puce, passe en souriant, ses lunettes sur son nez, à travers les rassemblements les plus tumultueux. De temps en temps, il imite les insurgés qui le coudoient et pousse un formidable: Vive Henri V!
Un jeune homme remarquait depuis quelques instants ce doux et inoffensif promeneur.
Il s'approcha de M. Jumelle et lui tendit la main.
—Je vois que vous êtes des nôtres, monsieur, lui dit-il.
—En effet, monsieur, riposta l'agent de police.
Et il pensait tout bas:
«Ce sera bien le diable si ce gaillard-là ne m'apprend pas quelque chose qu'il sera bon de savoir.»
—Seulement, permettez-moi une simple question, continua l'agent de police. Moi, voyez-vous, je suis un bon vieillard, bien calme et bien doux. Je ne m'attendais nullement à ce qui se passe. Je dormais ma nuit quand j'ai entendu crier: Vive Henri V! Aussitôt, ce cri, cher à mon cœur, m'a arraché au sommeil, et je suis venu me mêler à vous, à vous, mes braves amis!