OU LA PALOTTE GUETTE
Le reste du voyage fut silencieux jusqu'à Nantes. Elles y arrivèrent à la nuit tombée. La Pâlotte réfléchissait aux étrangetés de Pinson; Pinson s'effrayait des questions réitérées de la Pâlotte.
Celle-ci était de plus en plus persuadée que son compagnon lui cachait la vérité. Mais elle ne le soupçonnait pas d'être une femme.
Non. Aubin Ploguen seul avait eu comme une arrière-pensée de la réalité; mais la Palôtte croyait que Pinson était un espion envoyé par les autorités de Louis-Philippe.
Comment M. de Kardigân eût-il pu se méfier de cet enfant?
Le vieux Gouësnon les attendait dans une petite maison, à l'extrémité des ponts de Cé.
Il vint les bras ouverts à Pinson, et l'embrassa en disant:
—Bonjours, mon gars!
—Il le connaît donc! pensa la Pâlotte, alors il n'aurait pas menti.
En effet, il était bien difficile de se méfier du vieux Gouësnon, un austère chouan, le seul vivant de ceux qui avaient fait toutes les guerres de Vendée depuis 1793.