En effet, Dermoncourt était un des meilleurs amis du conventionnel. Bien souvent il avait fait sauter Fernande sur ses genoux quand elle était enfant.
—Oui, je comprends, dit-elle, vous ne reconnaissez plus votre Fernande.
Ces cheveux blonds la changent plus que les cheveux blancs n'ont changé
Gouësnon…
—Comment êtes-vous ici?
—Vous ne comprenez pas encore?
—Sous ce costume?…
—J'étais à Château-Thibaut, chez mon père, quand le mouvement vendéen a éclaté. Je suis sûre des paysans de chez nous. Mais les autres, ceux des paroisses d'à côté, pouvaient m'arrêter. Alors, quand je suis obligée d'aller à Nantes, je me déguise, et Gouësnon me conduit. Son royalisme est connu: nul n'oserait me prendre avec lui.
L'explication était tellement simple que le général Dermoncourt n'hésita pas.
—Allons, descends, mon petit gars, fit-il tout haut à Fernande.
Pinson se laissa glisser le long de la selle et courut remonter en voiture.
—Quant à toi, vieux, dit-il à Gouësnon, tu es libre. Lâchez-le, vous autres.