—Pourquoi? Dieu! Pourquoi?…

—Pourquoi je suis ici? Parce que je me méfiais de vous. J'ai tout entendu la nuit dernière; et je suis sûre, maintenant, de ce que je ne faisais encore que soupçonner.

—Je… je ne… comprends pas.

—Vous allez comprendre, reprit la Pâlotte de sa voix glacée. Ah! vous avez cru que je vous laisserais trahir le maître, le vendre? Allons donc!

Fernande se souleva à moitié sur le banc vermoulu de la barque.

—Trahir le maître! le vendre! moi! Trahir Jean?… Oh!

Elle se cacha la figure avec un mouvement d'horreur tel, que la conviction de la Pâlotte fut un moment ébranlée.

—Je veillais, continua-t-elle bientôt, je veillais et je sais tout maintenant. Vous êtes venu parmi nous pour deviner nos secrets et les livrer; pour connaître le fort et le faible de vos prétendus amis et les livrer. Ne niez pas… j'ai tout entendu la nuit dernière, je vous le répète.—Vous n'êtes pas le fils de Gouësnon. Qui êtes-vous donc, sinon un espion? vous qui d'un mot calmez la colère d'un général et faites rendre la liberté à un chouan?

Et comme Pinson, écrasé de stupeur, ne répondait pas elle ajouta:

—Je vais vous le dire, vous êtes un espion! Tu es un de ces maudits qui viennent…