—Oui, mam'selle.

—Va chercher du linge pour mon amie et moi…

Mon amie!

La Pâlotte resta silencieuse en entendant ces deux mots. Comme elle lui était supérieure, cette enfant qu'elle avait voulu tuer!

Fernande s'habilla rapidement; puis allant s'asseoir au chevet de
Jacqueline:

—Vous n'avez rien répondu tout à l'heure, dit-elle. Ne voulez-vous donc pas être mon amie?

—Ah! vous demandiez pardon à Dieu, là-bas… C'est à moi de vous demander pardon… Je suis une misérable! J'ai voulu vous tuer… je vous haïssais.

—Écoutez, reprit Fernande; vous avez réparé votre crime en voulant me sauver, en risquant de mourir vous-même. Vous souffrez comme moi… vous souffrez moins! Vous êtes séparée de lui par son amour pour moi… moi, je suis séparée de lui par un serment, serment solennel auquel il n'a pas le droit de faillir. Et vous avez été jalouse de moi? On n'est pas jalouse d'une morte, et je suis morte pour lui…

Alors, d'une voix frémissante, Fernande raconta à la Pâlotte quel obstacle s'était soudainement dressé entre elle et le marquis de Kardigân.

A mesure qu'elle parlait, son visage devenait plus pâle, comme si le souvenir du passé achevait de la torturer.