Alors Jean ordonna que les morts fussent relevés. Cette lugubre besogne dura assez longtemps. Ceux qui gisaient étendus, déjà glacés, perdant leur sang par vingt blessures, étaient si nombreux!

Ce ne fut qu'à la nuit close que ce triste labeur fut terminé. Les Vendéens avaient perdu environ cinquante hommes tués et quatre-vingt-dix blessés, en tout cent quarante hommes hors de combat: chiffre énorme, eu égard surtout au total de l'armée.

Les cinquante cadavres étaient étendus côte à côte, couverts de leurs manteaux. On avait arraché les fusils, que leurs doigts crispés par l'agonie serraient avidement.

Les uns, l'œil ouvert encore, semblaient menacer leur ennemi vainqueur. Les autres, étendus sur le ventre, avaient été ramassés dans la posture affreuse des êtres frappés de mort violente.

Chez tous se lisait le suprême et douloureux orgueil du devoir accompli. Les traits, violemment contractés, conservaient je ne sais quelle terrible expression de volonté!

Toute la petite troupe était sous les armes.

C'est-à-dire que les chouans portaient leurs fusils renversés, la gueule du canon à terre.

En tête marchaient Jean et Henry, précédés de l'aumônier.

Dix civières portaient chacune cinq corps, et le tambour frappait sourdement derrière.

De temps à autre, l'aumônier disait: