Les vêtements étaient poudreux, déchirés; les visages noircis par la bataille. Plus d'un portait son bras en écharpe, qui semblait ne pas s'apercevoir qu'il était blessé…

Il fallait marcher pendant un kilomètre environ pour arriver aux tombes creusées; mais les chouans mirent près de quarante minutes pour le franchir, tant ils avançaient lentement.

Et le profond silence qui régnait n'était interrompu, de cinq minutes en cinq minutes, que par le roulement sinistre du tambour, et la lente psalmodie du prêtre:

Dominus recipiet eos in vitam æternam.

Amen!

Enfin on arriva aux tombes.

Tout le monde s'agenouilla: seul, l'aumônier resta debout et bénit les morts, à mesure qu'on les enterrait.

Avant que les fossoyeurs jetassent les pelletées de terre qui devaient à jamais couvrir ces nobles martyrs, Jean-Nu-Pieds se releva et fit quelques pas en avant.

Puis, étendant la main:

—Enfants, dit-il, ceux qui sont là sont tombés pour Dieu, pour le Roi. C'est au nom de Dieu que M. l'aumônier les a bénits: c'est au nom du Roi que je les remercie.