—La France est troublée par des gens… très-honorables d'ailleurs…
—Au fait!
—Et je veux rétablir le calme dans ma patrie. Moi seul, je puis le faire. N'attribuez qu'à ce motif l'action que je vais commettre.
Le ministre était un grand historien. Lui qui avait appris la politique plutôt dans les faits du passé que dans la réalité de l'histoire contemporaine, il se rappelait sans doute en ce moment Charles Ier, vendu par les Écossais; Marie Stuart, vendue par ses sujets, et Napoléon, vendu par ses maréchaux.
Il reprit machinalement dans ses doigts la lettre de l'individu et lut tout haut:
«Monsieur le ministre,
Voici plusieurs demandes d'audience que j'ai l'honneur de vous adresser et, jusqu'à présent, elles sont restées sans réponse. Mais les événements me pressent de ne reculer devant aucune humiliation, car il s'agit pour moi de rendre un grand service à mon pays.
Je vais donc, monsieur le ministre, vous expliquer, en quelques mots, ce que je vous aurais dit de vive voix, si vous aviez bien voulu me faire l'honneur de me recevoir.
La guerre civile qui vient d'éclater en Vendée, n'a d'importance que par Madame. Supprimez Son Altesse Royale et vous supprimez en même temps toute cause à l'agitation.
Je suis en mesure de livrer facilement (le mot était souligné) cette coupable princesse, mais sous la réserve que Votre Excellence me remerciera de ce service désintéressé.