Quand Judas eut livré le Christ, il ne dut penser qu'à l'emploi qu'il ferait de ses trente deniers; il ne dut que calculer d'avance combien ces trente deniers pourraient lui rapporter d'intérêt et en faire produire d'autres.
Deutz, lui, dut aussi se représenter son million enfantant d'autres millions et l'enrichissant d'une façon fabuleuse.
Voilà pourquoi il portait haut la tête; voilà pourquoi il était heureux!
Pendant les deux jours que le ministre prit pour réfléchir, l'âme… s'il en avait une!… du monstre, dut avoir peur. Il devait trouver que la réponse se faisait bien attendre, et qu'on ne lui disait pas: Oui, assez vite. Enfin, il reçut un matin avis de se rendre au ministère, dans la soirée du même jour.
L'huissier le reçut comme la première fois, avec cette notable différence qu'il témoigna un respect profond à l'homme assez heureux pour mériter ainsi la confiance de Son Excellence.
Le ministre l'attendait.
Il ne se leva même pas.
—Approchez, dit-il. J'accepte vos conditions. Vous nous livrerez Madame. Seulement, je ne vous donnerai pas un million, mais cinq cent mille francs.
O noble princesse! qu'aurait-elle dit de se voir ainsi marchandée?
Deutz fit une grimace significative. Il esquissa même un mouvement de retraite, espérant que le ministre le rappellerait. Mais, en le voyant rester impassible, il sentit ses terreurs des jours d'attente lui revenir.