La nuit était tombée, un peu claire. L'oiseau chantait à dix mètres de ce tombeau et de ces hommes qui le forçaient de rendre sa proie, l'oiseau, ce doux ignorant des carnages humains et des souffrances terrestres.

Fernande s'agenouilla, tordant ses mains:

—O mon Dieu! murmura-t-elle, ô mon Dieu! vous les sauverez… Vous ne pouvez pas nous avoir mis au cœur une pareille joie pour l'en arracher!… Ayez pitié d'eux, ayez pitié de nous… Songez que ceux qui sont couchés là-dessous étaient des meilleurs parmi vos enfants… Songez qu'en leur rendant la vie vous la rendrez à des filles, à des sœurs, à des mères… à des fiancées, qui pleurent à présent, mais qui seraient les plus heureuses de vos créatures!

Fernande avait parlé à voix haute. Pour ces paysans de Bretagne, la prière est un soutien et une force. Le trou se creusait; mais il devenait de plus en plus difficile et dangereux. Cependant rien ne faisait prévoir que les paysans seraient troublés dans leur sainte besogne. Jacqueline restait immobile sur la route, interrogeant l'horizon.

—Vite!… vite!… râla cette voix humaine qui gémissait.

La jeune fille laissa tomber sa tête dans ses mains. Son angoisse effrayante augmentait.

Quoi! on n'arriverait peut-être pas à temps; on pourrait ne pas les sauver!… C'était impossible! Dieu ne le permettrait pas.

La voix d'appel se faisait entendre de plus en plus éteinte; et cependant le trou creusé augmentait toujours. Une heure! le paysan avait dit: une heure! Mais avant une heure, ils seraient morts, étouffés; est-ce que depuis la veille au matin ils ne souffraient point dans ce tombeau creusé par leur vaillance et leur dévouement? Non, il ne faudrait pas une heure! Ils allaient être délivrés, rendus à la vie, quand Jacqueline accourut, pâle et anxieuse.

—Qu'y a-t-il? demanda l'un d'eux.

—Les soldats!