Les gars descendirent et transportèrent chacun des six Vendéens. Le souterrain avait-il donc été leur tombe? Peut être eût-il mieux valu pour eux mourir d'une balle comme Grandlieu et Girardin?

Quand le souterrain fut vide, on put comprendre comment ce drame s'était passé. Le sous-sol, où les Vendéens s'étaient réfugiés, n'était en quelque sorte qu'une excavation au-dessus des fondations mêmes du château. Quand elle s'écroula, ils tombèrent dans ces fondations; les moellons amassés, les décombres de toute espèce en avaient muré les extrémités. Ils étaient dans un sépulcre…

On essayait de les rappeler à la vie.

Penchée sur Jean-Nu-Pieds, Fernande lavait à grande eau le visage de son fiancé. Mais le marquis restait immobile et rigide.

Henry de Puiseux semblait raidi déjà par la mort. Son visage et celui de Jean n'avaient subi que quelques blessures sans importance. Mais on voyait à l'épaule un caillot de sang. La jambe gauche était cassée.

Aubin Ploguen était horrible à voir. Un de ses yeux était crevé. Sa figure n'était qu'une plaie. Un faible soupir soulevait sa poitrine. Quant aux trois autres, ils étaient morts, sans qu'on pût même espérer se tromper. Louis de Semeuse a la poitrine trouée d'une balle; Darvenat, ce sublime clairon, avait le crâne fendu en deux. Sans doute que dans leur chute une pierre sera venue le fracasser contre les parois. Albert Devismes est celui dont la tempe est sanglante. Hélas! lui aussi est mort.

—Il respire! murmura Fernande.

—Oh! mon Dieu, dit-elle d'une voix haletante. Oh! mon Dieu, soyez béni.
Vous avez eu pitié de lui et de moi!

Henry de Puiseux et Aubin Ploguen, les deux seuls survivants avec Jean-Nu-Pieds de cette effroyable aventure, paraissaient perdus. Un des gars fut expédié à la ferme, pendant qu'on recommençait à laver les blessures des trois chouans. Il revint au bout d'une demi-heure, conduisant une charrette remplie de paille et traînée par un attelage de bœufs. Pendant cette absence, Henry avait ouvert les yeux. Un faible sourire éclaira sa figure, quand il aperçut autour de lui la campagne parsemée de genêts et de bruyères, quand ses poumons purent respirer le grand air de la délivrance. Aubin, lui, râlait. On le transporta dans la charrette le premier.

Jean était le moins dangereusement atteint.