Ce que la jeune fille ne disait pas, c'est que Jacqueline l'effrayait.
Elle se rappelait l'éclair de haine qui avait lui dans les yeux de la
Pâlotte quand elle s'était écriée:
«—Je l'aime mieux mort et couché dans la tombe que vivant et votre époux!»
Elle se demandait pourquoi Jacqueline l'avait ainsi brusquement quittée? Mais comme elle était incapable de soupçonner le mal, elle crut que la jeune femme avait fui parce qu'elle souffrait à la vue du bonheur qui leur était promis.
Ce ne fut pas encore ce jour-là qu'ils arrivèrent à Rassé. Jean-Nu-Pieds avait trop présumé de ses forces. Il s'arrêta en chemin et demanda asile à des paysans qui donnèrent un air de fête à leur humble chaumière pour le recevoir. Il passa là une nouvelle nuit; Fernande avait continué sa route pour gagner Rassé et faire préparer des lits aux blessés.
Jean-Nu-Pieds s'éveilla le second jour encore mieux portant. La faiblesse se maintenait, mais beaucoup moindre. Il reprit sa route et arriva au terme de son petit voyage avant même que de Puiseux et Aubin Ploguen fussent rendus.
Madame lui fit transmettre aussitôt ses félicitations. Elle était retenue par un conseil de guerre, mais dès qu'elle serait libre elle viendrait le visiter. Une heure après, la charrette où on avait placé les deux chouans blessés, fit son entrée dans le village. La route, et surtout la chaleur du soleil de juin les avaient accablés. Une fièvre ardente les dévorait. La première personne qui passa devant Jean-Nu-Pieds ce fut un des Vendéens qui s'étaient battus sous ses ordres à Château-Thibaut.
Le marquis de Kardigân le connaissait et l'estimait. Ce jeune homme, appartenant à une riche famille de l'Anjou, avait tout quitté pour venir joindre l'armée royaliste. Jean-Nu-Pieds lui ouvrit ses bras, et tous les deux s'embrassèrent.
—Que s'est-il passé de nouveau? demanda le fiancé de Fernande.
—Hélas! la lutte n'est plus possible.
—Plus possible!