C'était là que les deux cents hommes de M. Charette et du marquis de Kardigân avaient pris rendez-vous. Le patron du Cygne du Roi, véritable hercule et ancien Vendéen, était du complot et leur avait promis une hospitalité que ne soupçonneraient jamais les espions de la police.
À neuf heures du matin, Jean-Nu-Pieds et ses hommes arrivèrent; à onze, M. de Charette et les siens faisaient leur entrée. Il s'agissait de passer la journée sans que l'oisiveté de ces prétendus paysans donnât l'éveil.
L'aubergiste, Poulardet, les employait aux mille besognes très-visibles, qui font dire aux spectateurs:—Oh! oh! voilà de solides gaillards. On arriva ainsi jusqu'à cinq heures de l'après-midi. À ce moment M. de Charette ramena le marquis de Kardigân dans une salle basse. Ils devaient conférer sur le moyen de faire avoir à leurs soldats les fusils cachés dans la ville.
Là, au reste, n'était pas la seule difficulté. La tentative qui, primitivement, ne devait avoir lieu que le lendemain, ayant été avancée d'un jour, il fallait prévenir le gardien de ces armes.
—Rien de plus facile, dit Jean-Nu-Pieds. Je vais aller le trouver, il me connaît.
—Si nous envoyions Poulardet? observa M. de Charette. On le connaît à
Nantes. On trouvera tout naturel…
M. de Charette sentait que Jean-Nu-Pieds pouvait courir des dangers en sortant; et si, lui, était toujours prêt à s'exposer à un péril personnel, il trouvait inutile d'y exposer M. de Kardigân. Mais celui-ci tenait à son idée et n'était pas facile à convaincre.
—Non, non, dit-il, il vaut mieux que ce soit moi qui aille là-bas; demain, notre ami nous aurait attendu; aujourd'hui, il sera surpris, il faut que je puisse l'aider à tout préparer.
Quant à Poulardet, il nous sera bien plus utile ici que dans une mission. Qui mieux que lui pourrait répondre à un agent de la police secrète si par hasard il s'en présentait un?
—Soit, reprit M. de Charette. Alors j'irai moi-même.