Aubin se tut. Jean crut que l'ordre donné par lui suffisait. Il embrassa ses deux amis, et sortit sans s'apercevoir que le fidèle Breton nouait sa ceinture autour de sa taille, précaution qu'il prenait toujours avant de commencer une expédition. En effet, il n'y avait pas trois minutes que M. de Kardigân était sorti, qu'Aubin Ploguen sortait à son tour.
Les chouans savaient que l'heure approchait.
Jean avait été préparer les armes qu'ils devaient recevoir. L'heure passait trop lente à leur gré. Combien de minutes les séparaient encore de l'instant décisif!
Cependant, six heures et demie, sept heures et demie sonnèrent, et Jean-Nu-Pieds ne revenait pas. Aubin Ploguen ne paraissait également point. À neuf heures, M. de Charette commença à s'inquiéter. À neuf heures et demie, le signal convenu retentit à la porte de la rue.
—C'est lui, sans doute, pensa le chef vendéen.
Ce n'était pas lui, mais Aubin Ploguen, pâle et défait.
—Est-il ici? demanda-t-il d'une voix étranglée.
—Non…
—Oh! mon Dieu!
—Que s'est-il passé? s'écria M. de Charette, qui était survenu au bruit.