—J'ai entendu M. Legras-Ducos qui disait en parlant de la jeune demoiselle: «On ne peut pas compter sur elle;» alors moi, je ne l'ai pas comptée, na, dame!

Cette imbécillité triomphante était de celles contre lesquelles une réplique est inutile. Il n'y avait absolument qu'à profiter, autant que possible, des renseignements qu'on venait d'acquérir, et soi-même les compléter.

MM. de Kersaudiou eurent l'idée, très-pratique, d'aller au village de Maulais, à sept kilomètres de là, chez un de leurs amis. Le château de Quiévrain faisait partie de la commune de Maulais; on pourrait peut-être les y renseigner. Ils reprirent le grand trot, et regagnèrent la route. Trois quarts d'heure après, ils entraient à Maulais, dans la propriété de M. le baron de Thuringe.

Par bonheur, M. de Thuringe avait rencontré M. Legras-Ducos la veille de son départ. Le propriétaire du château de Quiévrain lui avait dit qu'il avait chez lui un de ses amis, M. Grégoire, et sa fille, mademoiselle Grégoire. Il espérait, avait-il ajouté, les garder pendant quelque temps, mais une nouvelle imprévue, apportée la veille par un courrier, le forçait de partir le lendemain avec ses hôtes.

Tout commençait à s'éclaircir pour Jean-Nu-Pieds.

Fernande était venue bien réellement au château de Quiévrain, et l'avait quitté. M. de Thuringe croyait que M. Legras-Ducos avait été dans une autre de ses terres, située au sud de Bordeaux, dans les Landes.

Les trois gentilshommes remercièrent le baron de ses gracieux renseignements, et revinrent à Léry. La décision à prendre était facile. Jean-Nu-Pieds résolut de se diriger immédiatement sur Bordeaux. C'était un autre voyage de huit jours.

M. de Kersaudiou, son petit-fils surtout, s'étaient pris pour le héros vendéen d'une rare affection. Jean avait tenu à ce que toute la famille sût qui il était. Ce n'était pas sous un pareil toit qu'une trahison était à craindre. Le soir, on le pria de parler à la jeune génération de cette guerre de géants qu'il venait de subir. Le marquis de Kardigân leur raconta, dans un langage simple et poétique, la légende de la Pénissière. Un frisson d'admiration fit courber toutes ces têtes, celle du vieillard, de l'aïeul, de l'ancêtre, comme celle de l'adolescence de quinze ans. Et ils avaient en face d'eux un de ces héros dont l'aventure les enthousiasmait. Ceux qui étaient élevés dans l'amour et le respect du Roi de France devaient apprendre de bonne heure comment on mourait pour lui.

Guy de Kersaudiou, au moment où on allait se dire adieu—car Jean partait la nuit même—se présenta devant son ami, en costume de voyage comme le marquis.

—Je vais avec vous, dit-il.