Malheureusement pour lui, Trébuchet ne tarda pas à être plus clairvoyant. Le pied de Jérôme Hébrard heurta une pierre; Trébuchet se retourna avec inquiétude. Aussitôt Aubin Ploguen laissa tomber sa puissante main sur l'épaule du mouchard et le terrassa. La surprise de Trébuchet ne laissait pas d'être amplement désagréable. Elle devint bien plus désagréable encore, quand les trois hommes s'étant réunis autour de lui, il reconnut parmi eux Jérôme Hébrard, auquel il avait fait prendre un bain dans la Loire.

Si Trébuchet avait eu plus de sang-froid, il aurait pu crier et appeler au secours; mais, comme il n'en fit rien au premier moment, au second, cela lui devint impossible, attendu que, sur un signe de Robert Français, Aubin Ploguen l'avait déjà garrotté et bâillonné.

Le robuste chouan chargea l'agent de police sur ses épaules, comme il aurait fait d'un paquet de linge, et ils s'enfoncèrent dans la campagne.

Ils n'avaient pas échangé une seule parole, mais ils se comprenaient.

Au premier bouquet de bois qu'ils rencontrèrent sur leur route, ils y entrèrent, et se mirent en devoir de délier le prisonnier.

Trébuchet roulait ses gros yeux abêtis par l'épouvante, et semblait en proie à une terreur d'autant plus grande, qu'il ignorait encore ce qu'on voulait faire de lui.

Depuis un instant, Aubin Ploguen roulait un projet dans sa tête carrée. Il ne lui suffisait plus d'apprendre où était son maître, il voulait, en cas qu'il fût en danger, l'arracher à ce danger.

Aussi, comme Robert Français mettait le doigt sur sa bouche pour commencer l'interrogatoire du mouchard, le chouan lui fit signe de ne point parler encore.

—Écoute, dit Aubin à Trébuchet en regardant le misérable bien en face, tu es un coquin, donc tu dois avoir peur de la mort…

Le raisonnement de Ploguen était juste, car à ce mot de «mort,»
Trébuchet fit une grimace significative.