—Non, répliqua M. Dervioud.
—Depuis combien de temps est-il parti?
—Depuis deux heures. La dépêche était importante. Le télégraphe, par cette nuit claire et sans brouillard, aurait pu la transmettre à Paris en trois heures; trois heures de Paris à Dijon également, et M. de Kardigân aurait pu être arrêté[11].
—Comment avez-vous pu savoir qu'il était à Dijon?
—C'est mon prédécesseur, M. Jumelle, qui nous a prévenus.
—Ne peut-il s'être trompé?
—C'est impossible. Cet homme est d'une finesse et d'une lucidité incomparables.
—Pourquoi M. de Kardigân, pouvant s'enfuir à l'étranger, resterait-il en France?
—J'ai fait cette objection à M. Jumelle, qui m'a répondu que M. de Kardigân avait une mission sacrée à ses yeux, et que, pour la remplir, il risquerait sa vie.
Le lieutenant et M. Dervioud s'éloignèrent dans le fond du jardin, en se promenant lentement. Ils parlaient si haut que le bruit de leurs paroles venait distinctement jusqu'à Robert Français, mais il ne pouvait plus entendre ce qu'ils disaient.