Henry et M. de Révilly croyaient en effet qu'on les transférait dans une autre prison, afin de les passer par les armes. Le lieutenant souleva poliment son képi, et tendit son cigare à son prisonnier.

Henry de Puiseux remercia, et alla se mettre à côté de M. de Révilly.

Quelques instants après, le lieutenant remettait un reçu à M. Dervioud, et commandait le départ. Les soldats disparurent les uns après les autres.

Robert Français se glissa de taillis en taillis jusqu'à la porte du jardin. Puis, comme il n'avait pas la clef, qu'Aubin Ploguen avait gardée, il se hissa sur le mur, ainsi qu'avaient fait ses amis, et sauta au dehors. À trente mètres de lui, il aperçut la petite troupe qui marchait. Alors il se décida à la suivre, se disant, non sans raison, qu'il pourrait peut-être se rendre utile aux prisonniers.

Qu'on ne s'étonne pas de voir un républicain s'intéresser à des chouans. Quelle que fût sa tendresse pour son frère, Robert Français serait mort avant de lever le doigt pour aider au retour d'un régime politique qu'il détestait. Mais il pouvait tenter de les délivrer sans aller contra sa conscience. Républicains et légitimistes étaient les grands ennemis du trône de Louis-Philippe.

Une distance de vingt minutes séparait la route, où ils marchaient en ce moment, de l'intérieur de la ville.

Robert Français continuait à suivre les soldats à une certaine distance, quand il entendit une double détonation de pistolet sur le côté, puis des cris et des pas précipités.

Tout à coup un homme passa en courant, poursuivi par deux autres.

C'étaient Trébuchet et Aubin avec Jérôme. Le mouchard avait pu s'échapper, et ses gardiens voulaient le reprendre.

Robert Français comprit aussitôt le danger de la situation. Ses deux amis, ignorant la présence des soldats, allaient tomber entre leurs mains. Déjà le lieutenant, justement inquiet, faisait faire volte face à ses hommes et leur ordonnait de se tenir, l'arme chargée, prêts à repousser toute attaque.