Vous pouvez nous sauver.
Une seule personne peut relever le fils d'un gentilhomme de l'obéissance à l'ordre de son père: le Roi de France. N'êtes-vous pas Régente? Et lorsque vous direz au marquis de Kardigân: Je vous ordonne d'épouser celle que vous aimez, le marquis de Kardigân s'inclinera.
La demande de Fernande, bien que logique, étonna la princesse.
—Continuez, dit-elle.
—Je n'ai rien à ajouter, Madame. A vous de décider… Quel que soit votre arrêt, je l'accepte d'avance et je le respecterai.
La princesse était émue. Elle se disait que le plus haut privilège de sa naissance n'était peut-être pas tant sa glorieuse maternité, que le pouvoir de donner le bonheur à ceux qui étaient si près de le perdre à jamais.
Pourtant un autre sentiment combattait dans le cœur de la princesse le premier élan de sa généreuse pensée. Elle se demandait si, à une époque où les consciences étaient si troublées, elle devait accepter un compromis, même unique, et pour ainsi dire charitable, entre la Royauté et la Révolution.
Puis elle réfléchit aux services si grands, si éclatants de cette noble famille des Kardigân; elle songea, sans doute, que c'était récompenser hautement et royalement le dernier de ce nom, en le faisant heureux malgré lui.
—Vous avez eu raison d'en appeler à la régente de France, mademoiselle, dit-elle avec une noble dignité, la régente de France a entendu votre appel et y répondra.
Fernande croyait rêver.