Tout cela simplifiait de beaucoup le procès. Il était inutile de faire intervenir des témoins à charge, puisque les prévenus ne niaient rien de ce dont ils étaient accusés.
Cependant, M. Dervioud, le collègue de M. Jumelle, aurait été désolé de ne pas jeter sur les héros vendéens un certain reflet odieux. Les ordres du ministre de la justice étaient formels. Quoi! les serviteurs du vrai Roi de France auraient une auréole au front? Non, voilà ce qu'on ne supporterait point.
En conséquence, le capitaine-rapporteur ordonna la comparution d'un témoin à charge, un nommé Isidore Planchut.
Un mouvement se fit dans l'auditoire. Isidore Planchut s'avança. A ne voir que son uniforme, on aurait cru qu'il était en effet ce qu'il paraissait être. Scribe aurait pu lui chanter:
En vous voyant sous l'habit militaire,
J'ai reconnu que vous étiez soldat!
Le témoin portait l'uniforme et les galons de caporal de l'armée française.
Il fit sa déposition en ces termes:
—J'ai été fait prisonnier au combat de Vieillevigne. Monsieur commandait les brigands. (Il désigna Robert Français.)
—Vous me reconnaissez? demanda celui-ci.
—Je vous reconnais.