—Par une lettre. Nous conviendrons d'une phrase qui signifiera une époque déterminée; quand j'aurai arrêté l'heure de notre rentrée en France, je te l'écrirai aussitôt.
—As-tu besoin d'argent?
—Oui. Aie la bonté de toucher mes revenus et de payer à Poulardet, l'aubergiste du Cygne du roi une somme de cinq mille francs que je lui dois.
L'heure de la soirée était assez avancée. Les deux frères restèrent encore une heure ensemble à régler leurs affaires d'intérêt et à s'entendre pour les dispositions de l'avenir.
Le geôlier les interrompit. Il annonçait une visite. Henry de Puiseux et Jean-Nu-Pieds devant quitter la France pour toujours, le comte d'Erlon les avait autorisés à recevoir toutes les visites de ceux de leurs amis qui voudraient leur dire adieu.
Si M. d'Erlon avait donné cette permission sans arrière-pensée, il n'en avait pas été de même du gouvernement, qui avait consenti à l'autoriser.
Le préfet, M. Maurice Duval, fidèle à ses habitudes, s'était dit que quelque chouan voudrait visiter le condamné, et que, lui, pourrait profiter de l'occasion pour l'arrêter traîtreusement. Cela faillit arriver.
Robert et Jean étaient encore ensemble quand la visite annoncée par le geôlier entra. C'était un paysan d'une trentaine d'années, blond avec des yeux bleus, en même temps très-doux et très-énergique. Jean-Nu-Pieds fit un geste de joie et de surprise en l'apercevant. Mais le paysan mit rapidement sa main sur ses lèvres, et dit, en cette sorte de patois breton que nous ne pouvons que traduire:
—Monsieur le marquis, je vous apporte l'argent des fermages que vous m'avez demandé.
Dès que le geôlier eut disparu, le paysan et Jean-Nu-Pieds tombèrent dans les bras l'un de l'autre.