Si je n'étais prisonnière comme vous, je vous aurais dit de venir; la régente de France eût voulu vous remercier de vive voix de votre courageux et éternel dévouement, que n'a jamais lassé la fatigue, que le danger n'a pu que faire croître. Je vous envoie, à vous et à M. de Puiseux, l'adieu de la mère de votre roi. Hélas! vous ne foulerez plus le sol de la France! Pour y vivre, je consentirais, moi, à y rester captive.
Que Dieu vous garde et vous protège.
MARIE-CAROLINE»
—Mon cher baron, dit Jean, ému jusqu'au fond de l'âme de cette royale missive, remerciez Son Altesse qui a daigné nous écrire ceci. Assurez-la, je vous prie, que de loin comme de près, je suis toujours à son service.
—Il est inutile que je le lui dise, marquis, Son Altesse le sait.
En sortant, M. de Charette aperçut Robert Français qui, par discrétion, s'était retiré dans un angle de la cellule.
—Je vois que vous n'êtes pas des nôtres, monsieur, dit-il; mais j'étais à l'audience et je sais tout. Si jamais vous avez besoin d'un ami, comptez sur le baron de Charette.
Ces deux hommes, si entièrement divisés d'opinion, échangèrent une loyale pression de main. Les grands cœurs sont faits pour s'estimer et se comprendre.
L'heure de la séparation des deux frères était arrivée.
—Ne crains rien, murmura Robert à l'oreille de Jean, je devine ta pensée…