Ce fut en de pareilles dispositions que les débats commencèrent. Il n'y a qu'un témoin: un sieur Chartier, qui prétend que Berryer l'a chargé de corrompre des officiers de l'armée.
Les regards se tournent vers le banc des accusés. Mais Berryer reste calme; il ne répond rien. Alors le sieur Chartier continue sa déposition, chargeant toujours de plus en plus. C'était à lui encore que Berryer avait proposé vingt mille francs pour assassiner Louis-Philippe. Le témoin, malgré les murmures que ne pouvait retenir l'auditoire, prétendit que la pièce dont Berryer niait la vérité en était la preuve.
Mais de tels échafaudages ne peuvent pas subsister bien longtemps. Le ministère public fit courageusement son métier. Il accabla de mépris le sieur Chartier, et abandonna l'accusation. Nous regrettons d'ignorer le nom de ce magistrat intègre. Si nous le connaissions, il nous serait facile de prouver que de ce jour-là la carrière de cet homme acheva d'être perdue.
Naturellement Berryer devait se défendre lui-même. Il prononça une seule phrase. Mais cette phrase suffit à faire l'un des plus beaux discours qu'il ait peut-être jamais prononcés.
«—Messieurs, dit-il, on m'accuse d'avoir été un suborneur de consciences et un soudoyeur d'assassinats. C'est à vous de déclarer si cela est vrai… J'attends!»
Après une délibération de cinq minutes, le jury rapporta un verdict de non-culpabilité sur toutes les questions.
Aussitôt le président ordonna la mise en liberté immédiate du prisonnier.
Les applaudissements furent tels, que, pendant cinq minutes, ils ébranlèrent les voûtes du Palais de Justice.
Le gouvernement semblait battu. Et pourtant il venait de gagner sa plus belle partie. La trahison de Deutz devenait possible. Nous savons que c'était lui qui avait préparé toute cette aventure, qui se terminait glorieusement pour Berryer. Nous allons voir pourquoi.