Le soir à neuf heures, Deutz arrivait dans la maison garnie des frères Mirliflor. A le voir, il eût été impossible de deviner en lui une émotion, quelque légère qu'elle fût. Son œil froid regardait bien en face. Comment rougiraient-ils, ces visages jaunes, à travers lesquels le sang n'a point de transparence?
Henry de Puiseux l'avait fait entrer dans une pièce du rez-de-chaussée.
—Attendez ici, lui dit-il.
Deutz, resté seul, trahit un instant sa préoccupation ardente. Il se leva, et se mit à marcher lentement à travers la chambre:
—J'ai acheté ma maison, murmura-t-il, il faut que je la paye! J'ai bien fait d'être vertueux jusqu'à présent. On a confiance en moi. J'y gagnerai ma fortune. J'ai craint de ne pas pouvoir arriver jusqu'à elle… Mais j'avais tort de douter.
Il s'arrêta; puis reprenant:
—Vendre et être payé, ce n'est pas tout. Il faut encore qu'on ne me soupçonne pas de la trahison. Si on me soupçonnait, ma vie ne pèserait plus une once avec les enragés qui entourent la princesse. Il faut que je calcule bien les chances que j'ai. Une fois que j'aurai livré Madame, je partirai immédiatement pour Paris. Et après? Il faudra mettra en lieu sûr mon argent. Mon argent!…
Deutz s'arrêta. Son visage s'était illuminé pendant qu'il avait prononcé ces deux mots magiques:
—Mon argent!
Une expression de crainte remplaça cette lueur de triomphe.