—On me fait bien attendre, murmura-t-il en jetant un coup d'œil inquiet sur la modeste pendule placée au fond de la chambre sur une cheminée. Voilà plus d'une demi-heure que je suis ici… Pourquoi ce chouan n'est-il pas encore venu me chercher pour me conduire auprès d'Elle? Se serait-on ravisé? Non, ce n'est pas possible…

Un bruit de pas retentit. La porte s'ouvrit et Henry de Puiseux entra.

—Je vais vous conduire auprès de Son Altesse, monsieur, lui dit-il.

Deutz ne répondit pas immédiatement. Il courba le front et fit un signe de croix.

—Je remerciais Dieu de la bonne nouvelle que je vais apprendre à Madame, dit-il. Hélas! pourquoi faut-il que le ciel ne lui ait pas donné plus souvent de pareilles joies!

Henry de Puiseux avait pris dans sa poche un mouchoir de laine épaisse.

—Excusez-moi, monsieur, répliqua poliment le jeune homme, de la précaution dont je suis forcé d'user; mais c'est l'ordre de notre chef.

—Quoi! vous vous méfiez de moi!

Une larme roula sur le visage du juif.

—On ne se méfie pas de vous, continua Henry; mais la consigne est formelle. Elle est d'ailleurs la même pour tout le monde. A peine deux ou trois personnes en sont-elles exceptées.