—Où veux-tu nous mener?

—Veuillez me suivre, messieurs.

Ils rebroussèrent chemin. Le Breton les conduisait. Ils marchaient derrière lui. En vérité, il est de ces désespoirs qu'on ne peut pas consoler. Quelle odyssée lugubre avait parcourue Jean-Nu-Pieds depuis trois ans qu'il était entré dans la vie! Son père mort, son frère séparé de lui, sa fiancée perdue… Il lui restait une croyance dans l'âme, un amour sincère et profond: la croyance en sa foi politique, l'amour de ceux qui étaient les représentants de cette croyance, et il fallait qu'il eût cette douleur amère de voir la régente de France, la mère de son roi, prisonnière!

Aubin Ploguen suivait un chemin rocailleux. L'Océan mugissait, le vent soufflait. On eût dit que la nature prenait sa part au deuil qui assombrissait leur cœur. Sur les vagues vertes et noires, tour à tour, au milieu des rochers, sur le sable jaunissant, dans la profondeur des grèves,—partout,—on croyait entendre une plainte lugubre et désolée.

Le Breton franchissait avec rapidité les anfractuosités de rochers, se retournant, quand il avait quelque avance, pour laisser ses compagnons arriver jusqu'à lui.

Enfin, ils parvinrent dans un creux large, formé au milieu du rocher. La vue était admirable. L'Océan déroulait devant eux les horizons changeants, et au milieu, un point noir, mobile, qui s'enfonçait dans la nuit pour en ressortir encore.

C'était la Capricieuse.

—Messieurs, dit Aubin, qui se tenait debout, notre cause est perdue pour un temps. Qu'allez-vous faire? Je me permets de vous demander cela, monsieur le marquis, parce que mon devoir et mon bonheur est de vous suivre, et que je ferai ce que vous m'ordonnerez de faire.

Jean-Nu-Pieds jeta un regard sur Henry:

—Monsieur de Puiseux et moi, nous ne nous sommes pas consultés, dit-il. Mais mon avis sera partagé par lui. Je lui propose de partir pour l'Angleterre où est notre roi, et de nous mettre à ses ordres.