Dire adieu à la régente de France!
Il fallait que ce fût eux, pour qu'une pareille idée parût naturelle.
Quant à la venger…
Une pensée commune réunit leurs mains dans une triple étreinte.
—Je jure, dit Jean-Nu-Pieds d'une voix grave et solennelle, que le misérable qui a vendu la mère de notre roi, sera châtié par nous, et je fais ce serment en votre nom comme au mien, certain que vous ne le désapprouverez pus! Je jure que quelle que soit la partie du globe où il ira poser sa tête maudite, nous irons! Quel que soit le danger qui nous menacerait dans l'accomplissement de ce devoir, nous le braverons! Quelles que soient les prières par lesquelles il tenterait d'adoucir notre justice, nous le tuerons! Et que la colère du ciel tombe sur celui d'entre nous qui manquerait à ce serment, prêté en face de ce vaisseau qui emporte notre espoir suprême, en présence de Dieu qui nous entend, nous bénit et nous approuve.
Il y eut un silence qui ne fut troublé que par la plainte éternelle du vent et de la vague.
Jean ajouta:
—Maintenant, allons saluer la reine de France!
Quel souverain devait jamais recevoir un salut plus noble que celui-là?
Une barque de pêcheur, ancrée au bas du rocher, attendait son maître descendu à terre pour y passer la nuit. Aubin Ploguen arracha l'ancre à son lit de sable, et la remit dans la barque. Puis ils prirent les rames à eux trois, et piquèrent droit sur la Capricieuse.
La mer se soulevait tumultueusement en vagues gigantesques. Il était impossible aux trois chouans de tendre la voile, car la barque n'eût pas tardé à capoter. Elle avançait: Jean, Henry et Aubin ramaient vigoureusement, malgré les sauts énormes que faisait leur esquif soulevé à des hauteurs inouïes par la lame.