Ils ne s'éveillèrent que tard le lendemain.

Leur départ pour Paris fut arrêté séance tenante. Aubin fut chargé de trouver une voiture et deux chevaux pour regagner Nantes. Mais Saint-Nazaire n'était pas, en 1832, la grande ville d'aujourd'hui. Nos héros durent prendre un bateau et remonter le cours de la Loire.

Trois jours plus tard, ils entraient dans Paris. A leur grande surprise, aucun empêchement ne les avait gênés dans leur voyage. Nul gendarme indiscret n'avait glissé sa tête à la portière de leur voiture, afin d'examiner leurs visages de son air méfiant.

Ils eurent, en arrivant à Paris, l'explication de ce mystère. Un numéro du Moniteur Universel renfermait la radiation d'un certain nombre de légitimistes condamnés au bannissement pour participation à l'insurrection vendéenne; or, les noms du marquis de Kardigân et d'Henry de Puiseux se trouvaient des premiers parmi ceux des radiés.

Ils pouvaient donc reprendre leur existence à ciel ouvert; c'était une facilité de plus qui leur était donnée pour l'accomplissement de leurs projets. Car, sans qu'ils en eussent reparlé entre eux, ils n'avaient pas cessé un seul instant de penser à cet homme qui, par son infâme trahison, avait perdu la cause royaliste.

Qu'était-il devenu? On parlait beaucoup de lui, car son nom était connu. M. Victor Hugo venait de publier dans le Globe une admirable pièce de vers intitulée:

A l'homme qui a vendu une femme.

Pièce de vers que chacun récitait par cœur.

On racontait que «ce nommé Deutz», ainsi qu'on disait, avait été chassé du ministère au milieu des huées.

Eux ne s'occupèrent pas des racontars qui émouvaient l'opinion publique. Ils se mirent à l'œuvre pour joindre le traître, le prendre et le châtier…