Mais les sanglots avaient ébranlé la jeune fille, qui n'avait plus sa connaissance.
—Elle me trompait! reprit la Pâlotte en se croisant les bras et en regardant la jeune fille de son œil sombre. Heureusement que ce mariage n'est pas fait, autrement.
Elle alla ouvrir la fenêtre pour respirer, son sein était oppressé. Il lui sembla apercevoir une ombre dissimulée dans un manteau, qui, assise au pied d'un arbre, se leva en l'apercevant, et prit la fuite.
Un soupçon lui traversa l'esprit. Elle se rappela cet inconnu, ce cavalier masqué, qui, dans la lande de Château-Thibaut, avait voulu enlever Fernande.
Mais ce ne fut qu'un éclair. Il n'y avait au monde qu'une chose qui pût l'intéresser: c'était son amour, sa rage, et cette sorte de jalousie posthume qui la faisait souffrir, quand elle se disait que, s'il n'était pas mort, le marquis de Kardigân aurait épousé Fernande.
Cependant la jeune fille revenait lentement à elle. La Pâlotte lui mouilla les tempes et la paume des mains. Elle ouvrit les yeux. La Jacqueline se pencha vers elle; ce ne fut point pour épier les progrès de la vie qui revenait, ce fut pour éclaircir ce que, pour elle, les paroles non expliquées de la princesse laissaient dans le doute.
—Vous alliez l'épouser, n'est-ce pas? dit-elle en adoucissant l'expression amère de sa voix.
—Oui.
—Et c'était… c'était Madame qui l'avait relevé de son serment prêté par lui à son père? C'était…
—Oui.