CORALIE.
Vous ne le connaissez pas: il en mourra! Vous ne savez pas quelle tendresse, quelle passion couvent dans cette âme. Il ne vit que pour elle, que par elle. Depuis deux mois, j'ai mesuré la puissance de son amour. Il a rêvé ce bonheur, il y touche; si on le lui arrache... (Elle s'arrête suffoquée par les larmes; puis d'un ton suppliant.) Écoutez, je ne suis pas intéressante, moi, je le sais bien. Je suis une fille perdue, ma vie est pleine de hontes; je ne vous parlerai donc pas de ce que je souffre, ce n'est que juste. Mais Daniel! qu'a-t-il fait de mal? A-t-il commis une seule faute qui mérite un châtiment? Il a dans le cœur toutes les noblesses, toutes les puretés, toutes les loyautés que je n'ai jamais connues. Le hasard a greffé sa vertu sur mon vice. On l'estime et on l'aime. Il s'est conquis une large place au soleil; il a donc bien gagné le droit d'être heureux. Pourquoi briser sa vie? pourquoi le désespérer? Je vous en supplie, ayez pitié de lui! Moi je ferai ce que vous ordonnerez; je disparaîtrai, s'il le faut. Édith ne me verra plus... Vous ne répondez rien? Vous êtes trop cruel! Vous voyez pourtant combien je souffre!
MONTJOIE.
Pauvre femme!
CORALIE.
C'est vrai. Je vous ai menti, j'ai essayé de vous tromper, j'ai joué une comédie; voulez-vous que je m'humilie?... Je me mets à vos pieds... Vous craignez que je ne tienne pas mes promesses? Jurez-moi de ne rien dire... et je me tue.
MONTJOIE.
Vous tuer!... C'est dans les romans que la mort arrange tout. Dans la vie, ce n'est pas un dénouement; ce n'est qu'un incident. Franchement, je vous plains; vous m'avez ému, et puis je suis le rival de votre fils. Je sais bien qu'en avertissant la famille Godefroy, je remplis un devoir; mais j'ai beau me raisonner, je suis un peu mécontent de moi.
CORALIE, avec joie.
Ah!