Vous avez entendu M. de Montjoie parler tout à l'heure de ces deux jeunes gens qui s'aiment et seront peut-être séparés? J'ai songé qu'un pareil malheur pouvait nous atteindre. Eh bien, si une impossibilité se dressait entre nous, ce serait pour moi la souffrance, mais pas le renoncement. Je vous garderais là, bien vivant, dans mon cœur. Vous m'appartiendriez par la pensée, et ma pensée, nul n'a le pouvoir de la détruire. Je vivrais loin de vous, mais sans cesser de me souvenir; car si je comprends la séparation, je n'admets pas l'oubli. Si je n'avais pas été à vous, je n'aurais été à personne.

DANIEL.

Rien ne nous séparera jamais.

ÉDITH.

Rien.

DANIEL.

Il n'y a que deux mois que je vous aime, et je mourrais de vous perdre!

ÉDITH.

Rien que deux! Mon amour est plus ancien que le vôtre, puisque moi je vous connaissais... avant de vous connaître.

DANIEL, couvrant sa main de baisers.