Veuillez vous asseoir, chère madame. (Tous les trois prennent place, il déplie quelques papiers.) Un contrat de mariage est généralement chose très embrouillée... Avez-vous remarqué les défiances naïves qu'on s'y témoigne? La crainte d'être volées que les parties contractantes ne se cachent pas réciproquement? J'ai souvent fait cette supposition invraisemblable: une bande de galériens se constituant en société... anonyme et rédigeant un acte. J'imagine qu'ils ne prendront pas plus de précautions que les honnêtes gens.

GODEFROY, à Coralie.

Heureusement ce n'est pas notre cas! D'ailleurs Bonchamp réglera tout. Je m'entends peu aux affaires d'argent, et j'ai peur que vous ne soyez pas plus avancée que moi. Je ne suis guère qu'un pauvre savant de province.

BONCHAMP, prenant une feuille de papier et un crayon.

Abandonnons Godefroy à ses méditations scientifiques. Madame, je suis au courant de tout ce qui concerne Édith. Son père lui donne une somme ronde de six cent mille francs: il est de plus spécifié qu'elle sera l'unique héritière de sa tante, mademoiselle Césarine Godefroy. Vous voyez que, de notre côté, il n'y aura pas beaucoup d'écritures... Du vôtre...

CORALIE.

Il n'y en aura pas davantage. Mon neveu a une fortune personnelle qui se monte à neuf cent mille francs environ, je vous remettrai le détail complet, désignant les coupons de rente qu'il possède. Il sera spécifié de plus que, moi aussi, je m'engage à lui laisser toute ma fortune.

BONCHAMP.

Parfaitement. Voilà qui supprime bien des difficultés. Nous adoptons, je suppose, le régime de la communauté? C'est le plus sage et le plus logique.

CORALIE.