Suis-je un honnête homme?

BONCHAMP.

L'un des plus honnêtes que je connaisse. Votre question m'étonne, je l'avoue.

DANIEL.

Ah! Monsieur, c'est que je n'y vois plus clair! Hier je me suis enfermé dans ma chambre, j'ai pris ma tête entre mes mains et je me suis dit: «Je suis le fils de Coralie, que dois-je faire?» J'ai la fièvre! Pensez donc que j'ai grandi portant au front la tache originelle de l'argent infâme. C'est cet argent qui a payé mes études, cette science dont j'étais si fier; qui a payé mes plaisirs d'enfant, mes plaisirs d'homme fait. Pensez que j'ai vécu dans le luxe relatif d'un officier presque millionnaire, que je m'accuse d'avoir été trop crédule. Comment! Je me savais bâtard, et je me suis étonné de me trouver si riche! Je ne me suis pas dit que les fortunes d'un million ne courent pas les rues! Lorsque je témoignais ma surprise de n'avoir ni parents, ni cousins, on me répondait, en alléguant la tache de ma naissance, que les miens ne me pardonnaient pas. Et je n'ai jamais douté! j'ai cru tout ce qu'on a voulu me faire croire. Alors je me demande si ma crédulité n'était pas intéressée... La fièvre me gagne, et je me dis: «Suis-je un honnête homme?»

BONCHAMP.

Ce n'est pas de la fièvre, c'est de la folie.

DANIEL.

De la folie!

BONCHAMP.