—Vraiment, Merson?
—Vous verrez!
—Qu'est-ce que dit M. de Merson? demanda Nelly. Une nouvelle? Il doit être bien informé.
C'était la spécialité de ce mondain aimable, très potinier mais pas du tout méchant; spirituel, quoiqu'il cherchât son esprit; alerte, quoiqu'il fût un peu gras. A Paris, chacun porte une étiquette, et quand une fois le monde a collé cette étiquette sur le dos d'un homme, personne n'oserait plus l'enlever. M. de Merson connaissait toutes les nouvelles, tous les potins; ce qui est vrai, et même ce qui ne l'est pas; les jours de grande séance, il entrait le premier à la Chambre; et les soirs de grande première, il sortait le dernier de l'Opéra. Mlle X... avait-elle rompu avec le duc? On demandait à Merson. La première du Gymnase serait-elle retardée? On demandait encore à Merson. Le favori pour la course de demain, l'étoile inconnue de l'Opéra-Comique, le poète qu'on répétait à l'Odéon, le peintre qui serait célèbre la semaine prochaine: tout ce monde-là appartenait à Merson. On achevait le dîner dans l'hôtel de l'avenue Kléber: un de ces dîners parisiens où l'esprit va, vient, vif et brillant, effleurant tous les sujets sans en creuser un seul, le scandale d'hier et l'aventure de demain, l'anecdote finement contée et le livre à la mode. Naturellement, Merson, apportait une primeur; et il répétait, légèrement renversé sur sa chaise, en appuyant sur l'a:
—C'est admirâble!
—Quoi donc? demanda M. de Guessaint.
—L'envoi de Jacques Rosny au Salon. Je l'ai vu ce matin, dans son atelier.
En entendant parler de Jacques Rosny, le docteur Grandier, placé à la droite de Faustine, tourna vivement la tête.
—N'est-ce pas que c'est beau? s'écria-t-il; j'en suis bien heureux. Jacques est un des êtres que j'aime le plus au monde.
—Vous le connaissez donc beaucoup, mon cher docteur? lui demanda Mme de Guessaint.