Mme de Guessaint prit d'une main un peu tremblante les feuilles que lui tendait son amie. Le Vercingétorix vaincu remportait un triomphe. D'une commune voix, on décernait au jeune artiste la médaille d'honneur de sculpture; tous les critiques se trouvaient d'accord. Faustine jouissait délicieusement des bravos lointains qu'elle entendait au fond de sa paisible solitude. Elle lisait et relisait ces lignes, où l'on célébrait celui qu'elle aimait. Elle trouvait un bonheur infini à se dire qu'elle régnait dans ce cœur neuf et ardent.
—Ton amour pour ce tailleur de pierre éclate sur ton visage, s'écria Nelly avec un éclat de rire. Te rappelles-tu le temps où je t'appelais Vittoria Orsini? Tu es aussi amoureuse que la «Dame à la Bague», ma pauvre chère.
Une ombre glissa sur le front blanc de la jeune femme.
—Elle est morte d'amour, murmura-t-elle.
—Au XVIe siècle! Au XIXe, elle se serait consolée. D'ailleurs, je ne te cacherai pas, que l'amour... platonique, tel que tu le comprends, me paraît impossible. Tu aimes, tu seras vaincue. Mais, laissons ce sujet,» et, en disant ces mots, Nelly reprenait le journal et tournait machinalement la page, quand soudain elle jeta un cri.
—Qu'as-tu donc?
Mme Percier ne répondait pas; elle lisait, immobile, stupéfaite.
—Mais parle-moi donc, Nelly! Donne-moi ce journal.
—Non, non. Je te lirai... j'aime mieux te lire... Ton mari...
—Eh bien, quoi? mon mari?