—Savez-vous quelle est l'opinion de ces agents de police qu'on a envoyés de Paris?
—Ils pensent comme moi. Ce sont des hommes intelligents, je les ai vus à l'œuvre; ils ont fait et ils font encore tout ce qu'il faut pour réussir. Car je leur rends cet hommage, rien n'a pu les décourager.
Françoise écoutait avidement. Le colonel ne leur apprenait rien de nouveau. Elle espérait toujours qu'une phrase, un mot jetterait une lueur dans ce drame sombre. M. Maubert regardait un peu distraitement autour de lui, comme un homme qui aime les belles choses et que les objets d'art intéressent. Tout à coup, il dit, avec une sorte d'étonnement, en remarquant l'un des deux portraits peints par Faustine:
—Mais je ne me trompe pas: c'est le général de Bressier?
—Mon père, Monsieur.
L'officier fit un mouvement très brusque et s'avança vers Faustine qui s'était levée. Elle se trouvait maintenant en pleine lumière. Il la voyait distinctement.
—Pardonnez-moi, Madame, j'aurais dû vous reconnaître tout de suite.
—Je ne me rappelais pas avoir eu le plaisir de vous voir, colonel... Vous avez prononcé le nom de mon père; et tous ceux qui disent ce nom-là me causent une émotion dont je ne peux pas me défendre.
—Nous nous sommes rencontrés il y a dix ans, Madame, et dans des circonstances presque aussi tristes qu'aujourd'hui. On dirait que, par une étrange fatalité, je suis destiné à n'être auprès de vous qu'un messager de malheur. La première fois que je suis entré dans votre maison, c'était pour vous annoncer la mort de votre frère; la seconde fois, c'est pour vous parler de la mort de votre mari.
Faustine jeta un cri.