Au lieu de répondre à son amie, la jeune fille s'arrêta brusquement.
—Qu'as-tu donc? demanda Nelly étonnée.
—N'as-tu pas entendu?
—Quoi?
—Un gémissement. Peut-être me suis-je trompée. Et cependant, il me semblait... Non, je ne m'abusais pas. Vois Odin.
En effet, le chien se tenait immobile, la tête en avant, comme s'il fût tombé subitement en arrêt.
—Il y a quelque chose, reprit Faustine. Cherche, Odin, cherche!
Le chien gratta le sol, hésitant: puis il enfila un petit sentier qui s'enfonçait dans l'épaisseur verte des taillis. Sa maîtresse le suivait; et Nelly venait la dernière, riant et se dépitant contre les branches qui s'accrochaient à sa jupe ou se faisaient enrouler par ses cheveux.
—Tu es folle, mon amie! Quelle idée de te prêter aux caprices de cette bête! Tu vois bien que ce sentier-là ne mène nulle part, et qu'il aboutit à l'un des sauts de loup qui entourent le château.
Au bout de cinq minutes, Odin s'arrêta devant le fossé qui fermait le parc. De nouveau il cherchait, il quêtait, le poil hérissé. Enfin, brusquement, il se jeta dans le fossé, poussant un aboiement prolongé. Les deux jeunes filles eurent un cri d'effroi: elles venaient d'apercevoir le corps de Françoise qui gisait inanimé entre les hautes herbes. Mais Faustine ne s'épeurait pas longtemps.