—Puisque tu ne veux pas être sérieuse, c'est moi qui le serai, continua Faustine qui reprenait son sourire malicieux. Certes, je me suis aperçue que mon cousin me... comment dirais-je? me trouvait à son goût. Tu te souviens que nous avons souvent plaisanté ses mines déconfites et ses allures bizarres. Mais, si j'avais douté, j'aurais eu du moins une preuve il y a un mois.

Nelly frappa ses deux mains l'une contre l'autre:

—Et tu ne m'as point raconté cela?

—Parce que... parce que tu te moques toujours de moi. Quand le général est venu passer quelques heures ici, à la fin d'avril, il m'a prise à part, et m'a dit que M. de Guessaint me demandait en mariage. Il ajouta que cette union lui plaisait. Il pouvait mourir; à son âge, on n'a pas le droit de compter sur le lendemain, et, plus que tout autre, un soldat est toujours menacé. M. de Guessaint est mon cousin. Tu sais que mon père adorait ma tante, sa sœur aînée. La fortune d'Henry est égale à la mienne. Toutes raisons pour faire un excellent mariage de convenance.

Nelly piétinait avec colère.

—Et tu n'as pas répondu à ton père que M. de Guessaint était plus vieux à vingt-huit ans qu'un homme de cinquante! que, si bien épris qu'il fût, il aimerait toutes les femmes, excepté la sienne!

—A quoi bon? Le général me laissait parfaitement libre. Je lui ai dit que je ne pensais pas à me marier; tant qu'il me serait permis de vivre auprès de lui, je ne me résignerais pas à quitter sa maison pour celle d'un étranger. Comme il n'a pas insisté...

—Je voudrais bien voir qu'il eût insisté! M. de Guessaint n'est pas un mari possible.. Un géographe... Je te demande un peu! Et, tu sais? comme je dois ne jamais te quitter, il est nécessaire que ton futur époux me plaise autant qu'à toi-même. Autrement...

—Tu refuserais ton consentement?

—Mais oui.