—Que diable! pourquoi veux-tu que je le sache?
—Mon oncle, il y en a cinq.
—Et tu voudrais être le sixième, gourmand?
—Vous l'avez dit.
—Comment t'y prendras-tu? Car je suppose que c'est un voyage très difficile, puisque cinq hommes seulement ont pu l'accomplir?
—Si difficile, qu'il me faudra dix ans pour le préparer. Je commencerai d'abord par apprendre l'arabe et cinq ou six dialectes africains; je resterai un an à l'extrémité sud de l'Algérie, pour m'acclimater au soleil et aux sables; je m'habituerai à ne monter que sur des chameaux; je ne mangerai que des dattes; je resterai le plus longtemps possible sans boire; et enfin je me ferai mahométan.
—Mahométan! Pour avoir un harem? Tu aimes tant les femmes! Et tu t'imagines que je te donnerai ma fille?
—Oh! mon oncle, je serais si heureux d'épouser Faustine, que, pour elle, je renoncerais à la gloire d'aller à Tombouctou.
Cette alliance devait-elle se conclure ou échouer? Pendant huit ans, M. de Guessaint prépara son voyage. Quand il arrêtait un projet, rien ne l'en pouvait détourner. Sa volonté native devenait de l'entêtement. Il apprit l'arabe et les dialectes touaregs; il vécut trois mois à Coléah avec deux juives et six mois à Khartoum avec plusieurs Soudaniennes. Il poussa même jusqu'aux tentes chrétiennes du négus Jean, où les négresses d'Éthiopie durent trouver de leur goût cet Européen blond. Comme, un jour, sa cousine le plaisantait au retour d'une de ses courses lointaines:
—Ne riez pas, dit-il, vous êtes la seule créature capable de me faire oublier Tombouctou.